François-Xavier Massa –
Il était une fois une flottille dont l’arrivée à Gaza nous était annoncée à grands roulements de tambours et fifres tripolitains. Après l’affaire du Mavi Marmara, on allait voir ce qu’on allait voir ! Las, après leurs usuelles rodomontades, les caciques de l’autoproclamée Révolution verte sont allés faire ce dont ils la plus grande expertise : se coucher face à l’Occident et ses intérêts…
En effet, comme l’ont annoncé Avi Issacharof, Jacky Huri & Anshel Pfeffer d’Ha’aretz, le navire libyen Al-Amal (l’espoir), qui avait annoncé vouloir accoster à Gaza, a, finalement, jeté l’ancre dans le port égyptien d’El-Arish et fera transiter sa cargaison par le poste-frontière de Rafah, contrôlé par les autorités égyptiennes, autant dire les forces d’occupation israéliennes, qui rappelons-le, ont, historiquement, succédé à celles du Caire.
C’est d’ailleurs, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, qui a annoncé, en personne, que l’équipage avait bien demandé l’autorisation de jeter l’ancre à El-Arish, et que cette autorisation lui a été accordée par les autorités égyptiennes. Ainsi se termine une affaire qui, après les événements de la flottille turque, menaçait de causer un nouvel affrontement violent avec l’Heyl Ha’Yam (marine israélienne).
On ne sait pas exactement ce qui a convaincu les passagers du navire, des membres de la Fondation Kadhafi – la fondation dirigée par Seïf el-Islam, le fils du guide libyen, Muammar Kadhafi – de ne pas forcer le passage vers Gaza. Selon le journaliste Eran Zinger (Kol Yisrael), la décision aurair été prise – lisez bien – suite à la médiation du milliardaire autrichien Martin Schlaff, proche à la fois des dirigeants libyens et du ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman.
Au moins, désormais, en sait-on un peu plus sur les relations réelles qu’entretiennent les maîtres de Tripoli et de Tel-Aviv. Peut-être, cela explique-t-il pourquoi, de Tel-Aviv, la main longue des Kidonim du Ha-Mossad Lé-Modi’in u-lé Tafkidim Méyuh’adim (Mossad) n’a jamais atteint les rivages de Tripoli, ce en dépit de décades d’invectives et de diatribes lancées de ces mêmes rivages ?…
Malgré le changement de cap d’Al-Amal, plusieurs dizaines de personnes l’ont vainement attendu dans le port de Gaza. Le chef du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, ayant même appelé les organisateurs du convoi à ne pas revenir sur leur décision et à se rendre à Gaza.
En fait, le Hamas comprend bien que la décision prise par le navire libyen est un échec qui pourrait être mis à profit pour mettre un terme à la « guerre des flottilles ». Et, si, compte tenu des compromissions (récentes et anciennes, visiblement) de Tripoli, ça n’était pas cela le but recherché ?
Est-ce à désespérer des leaderships arabes ?
Petite lueur d’espoir dans ce ciel bien sombre géopolitiquement parlant, rose de pureté s’épanouissant sur le fumier des trahisons : la reine de Jordanie refuse qu’on traduise son livre en hébreu…
En fait, un petit rappel s’impose : SAR Rania al-Abdullah, est une Palestinienne née au Koweït. À ce titre, elle connait d’autant mieux les souffrances et les humiliations endurées par son peuple dans la 17ème province arrachée à sa mère-patrie irakienne (le Koweït) : les riches koweïtiens avaient pris pour habitude, dans les premiers temps de l’exil des Palestiniens, de les nourrir avec le contenu de leurs poubelles…
SAR Rania est, par ailleurs, reconnue dans le monde entier pour son engagement pour la défense de l’enfance maltraitée. En avril dernier, elle a donc publié un livre pour enfants dont le sujet principal est la tolérance, l’acceptation de la différence et l’ouverture aux autres cultures. Des éditeurs israéliens se sont tout de suite intéressés à cet ouvrage et ont proposé de le traduire en hébreu. Selon Ha’aretz, la reine a répondu négativement à la proposition !
Le livre de SAR Rania al-Abdullah est sorti à New York sous le titre The Sandwich Swap. Et en juin dernier, il a été publié en arabe. Destiné aux enfants âgés de 4 à 8 ans, il conte l’histoire de deux petites filles qui se disputent parce que leurs sandwichs ne sont pas identiques. L’une préfère du beurre et de la confiture alors que la seconde raffole de pitas et de houmous. Le message est clair : on peut rester des amies tout en étant différents culturellement et socialement. Le livre connaît un véritable succès aux États-Unis et un happening a même été organisé au siège de l’Onu, réunissant le tout New York.
Mais l’amitié, même la mieux partagée, n’est pas tout, c’est ce qu’a su nous rappeler SAR Rania. C’est donc un acte de militante qu’a su accomplir SAR Rania al-Abdullah. Peu de choses, diront certains. En tout cas plus, au bout du compte, que le régime tripolitain, dont la mascarade maritime risque fort de sceller la stratégie des flottilles qui, si elle embarrassait fort Tel-Aviv, gênait tout autant les prostitués géopolitiques de l’Oncle Sam au Proche-Orient…
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